L'identité et ses (im)postures

L'identité et ses (im)postures

Dans son deuxième roman, Blandine Rinkel, écrivaine et membre du collectif Catastrophe, raconte la métamorphose d'Océane, jeune provinciale commençant une nouvelle vie à Paris. D'une prémisse simple, elle tire un récit subtil et complexe sur la réinvention de soi.

Par Alexis Brocas. 

Vous souvenez-vous du temps où vous étiez pluriel et plastique ? Quand changer de lieu, c’était aussi changer de façon d’être, apprendre à imiter ceux que vous admiriez, et voler ainsi d’une métamorphose à l’autre au fil des rencontres et des voyages ?  À 18 ans, une jeune fille qui ne s’appelle pas encore Blandine, mais Océane, quitte sa ville natale de Saint-Jean-des-Oies et son enfance pour devenir parisienne et étudiante à la Sorbonne et à Tolbiac. Étourdie par un monde de bruits, de références, et d’attitudes inconnues, la jeune fille s’applique à changer, à devenir.  Et elle va rencontrer Elia, dont les yeux pers disent l’intrigante duplicité. Elia, avec laquelle Océane vivra une amitié fusionnelle. Elia, qui est une experte en réinvention de soi. La suite est une histoire ordinaire, investie par un style qui la rend extraordinaire. Sur la boulimie de savoir qui peut prendre une étudiante impressionnée par l’aisance de ses camarades : « Le retard culturel est un ogre, jamais rassasié, l’un de ces sacs sans fond qui se révèlent plus vides à mesure qu’on les remplit ». Sur son rapport à Elia : «  Tu sais aujourd’hui qu’une relation est importante quand elle neutralise le langage : c’est quand il te manque les mots pour la dire que tu la mesures. » Plus impressionnant : Blandine Rinkel ne cherche par l’aphorisme ou la formule. Elle sonde les impressions fugaces, creuse les notions floues cachées sous les grosses étiquettes de certains mots – province, déracinement, vie étudiante, amitié – et en tire des trésors qu’elle sème comme en passant dans son roman… C’est toujours subtil, et jamais hermétique, toujours bien pensé et jamais prétentieux ; parfois un peu forcé, mais le naturel reprend toujours le dessus. Qu’elle écrive « tu » (pendant les deux tiers du livre) ou « je », Blandine Rinkel déploie la même attention bienveillante pour les êtres et pour les choses.

 

À lire : Le nom secret des choses, Blandine Rinkel, éd. Fayard, 298 p., 18€. 

Nos livres

À lire : « Le froid, roman en trois actes avec entractes », Andreï Guelassimov, traduit du russe par Polina Petrouchina, éd. Actes Sud

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