Emmanuel Bove, La coalition

Emmanuel Bove, La coalition

Le génie du gris

Homme en apparence effacé, il fut le grand écrivain de l'entre-deux-guerres et de tous les entre-deux : ce n'est pas dans le coup d'éclat qu'il excelle, mais dans les limbes, l'errance, le délitement, l'horizon bouché. Aucun recours possible, aucune grâce dans ce monde-là. La Coalition, son oeuvre la plus sombre, est rééditée : elle évoque une drôle de rencontre entre Beckett et Dostoïevski.

De son vivant déjà, il avait l'air d'un fantôme. On le sait par les témoignages de ses confrères et du Tout-Paris des vanités à qui il apparut, entre les deux guerres. Les faveurs ne lui faisaient pas défaut, c'était un écrivain fêté, qui avait ému Colette et que Rilke lui-même, de passage à Paris, avait souhaité rencontrer. Mais on évoque un type « songeur », « gris », « falot », « effacé », et même « ectoplasmique ». À l'image des héros qui traversent ses romans, en somme, indifférents ou étonnés, comme étrangers à leur propre vie. Philippe Soupault a résumé : « Il donnait le sentiment de penser à autre chose. »

C'est une fois mort, bien sûr, et vitrifié dans une transparence définitive qu'il donnerait sa pleine mesure spectrale. La vocation des fantômes, c'est de hanter les vieux châteaux, et la littérature est un vieux château. Alors, de loin en loin, Emmanuel Bove frappe et secoue portes et chaînes, avant de se dissoudre de nouveau dans l'oubli. Depuis sa disparition, pa ...

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