Confusions intéressées

Confusions intéressées

Si la confusion des valeurs, aujourd'hui, relève d'une incapacité d'analyse et témoigne de la paresse, sinon de la faiblesse, des esprits, l'histoire du mot révèle, derrière ce mal, une action volontaire. En bon latin de Cicéron ou de Virgile, confundere, notre « confondre », est une opération concrète, technique, assumée, par laquelle on « fond » ensemble des substances différentes. Verser ensemble revient à mêler, et la recherche universelle de pureté, qui fonde la morale, ne s'en remet pas. Avant même la naissance de nos langues modernes, le latin chrétien donne au verbe confundere le triste privilège de signifier « humilier, couvrir de honte ». Nous ne parlons plus guère de confondre un coupable, mais se confondre en excuses, en justifications, continue à suggérer beaucoup plus qu'une erreur de jugement, l'embarras d'avoir à reconnaître ses fautes.

En devenant formule polie, le « je suis confus » tâche de masquer cet embarras honteux qu'exprimait l'adjectif, dévalué avant ...

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Nos livres

À lire : Révolution aux confins, Annette Hug, traduit de l'allemand Suisse par Camille Luscher, éd. Zoé