L'arrière-cuisine

L'arrière-cuisine

Apple se lance sur le marché de la vidéo à la demande avec « Servant » de M. Night Shyamalan.

Les glaciers se muent-ils en séries ? Tandis que la planète se réchauffe, les torrents de vidéos à la demande ne cessent de grossir. Apple se lance dans la course. Est-ce parce que sa puissance se fonda sur sa capacité à se faufiler dans tous les intérieurs, en stylisant les ordinateurs dits domestiques ? Produite par le cinéaste M. Night Shyamalan, l'une de ses premières séries, Servant, affirme un art de la domesticité : elle se déroule en huis clos dans une grande maison cossue de Philadelphie où un couple accueille une mystérieuse jeune femme embauchée pour s'occuper de leur nouveau-né. Le bébé se révèle être un poupon en plastique ultraréaliste, la mère Dorothy s'étant réfugiée dans un déni radical après la mort de son fils Jericho. Ce qui n'empêche pas la nounou de jouer le jeu au-delà du raisonnable. Reportrice vedette d'une télé locale, Dorothy est absente toute la journée ; ses sujets sont visionnés à la maison, réduisant toute l'extériorité à un écran plat et un visage familier. Le mari, solitaire, ne quitte pas la maison. Cuisinier consultant, il élabore des recettes pour des restaurants ; chaque épisode est placé sous le signe d'un produit aussi rare que glissant et symboliquement chargé, d'anguilles et de lapins dépecés en coquillages ou abats. Il y a là un curieux traité du métabolisme domestique. Qu'est-ce qu'une maison ? Un grand utérus artificiel ? Un cerveau aveugle ? Un estomac ? Mais alors qui mange qui ? Qui ensemence ou contamine qui ? On aura compris que ces hypothèses et questions valent pour la série elle-même et ses spectateurs.

À VOIR

Servant, dix épisodes de 30 minutes, à la demande, Apple TV+.

Nos livres

À lire :Divers, Pierre Guyotat, éd. Les Belles lettres, 496 p., 27 E.