La chronique cinéma

La chronique cinéma

Il y a quelque chose d'enfantin chez François Ruffin, entre rage et larme à l'oeil, culot et fébrilité. Il a réservé toute sa haine à sa lettre à Macron (Cette France que tu ne connais pas, éd. Les Arènes) mais s'est voulu tout « amour » dans J'veux du soleil, où il traverse, avec le documentariste Gilles Perret, la France des ronds-points. Ne l'intéresse que ce qui s'y construit, pas ce qui s'y casse. Chaque étape présente un îlot de fraternité, où l'on insiste moins sur les colères que sur les nouveaux liens tissés. Ruffin a une intelligence de l'instant lorsqu'il demande à ceux qui retapent une guérite de fortune s'il n'y aurait pas, via les cabanes, « de l'enfance » retrouvée sur les ronds-points. Il s'invite chez certains pour qu'ils racontent leurs douleurs et colères – et on ne leur en a pas souvent donné le temps. On veut bien oublier que d'autres visages, dehors, sont vite zappés. On veut bien aussi oublier un sentimentalisme qui peut devenir édifiant. Mais impossible d'oublier Ruffin, omniprésent. Le « député reporter » joue franc jeu somme toute. Mais cela devient gênant lorsqu'il propose à des interlocuteurs de lui parler comme s'il était Macron. Sur une plage, après avoir fait chanter « J'veux du soleil » à une gilet jaune, il clame le discours bienveillant que devrait, selon lui, formuler l'État et lâche un « Moi président ». On passe de chabadabada à l'anaphore hollandienne. Un enfant, disait-on, qui ne cache pas son exaltation mégalo – le comble de la sincérité, qui est aussi une ruse. Il réalise là une opération inédite : se filmer en campagne et faire projeter un spot électoral au cinéma.

J'veux du soleil, un film de Gilles Perret et François Ruffin, en salle le 3 avril.