Celle qui a follement raison

Celle qui a follement raison

La tragédie de Sophocle confronte deux surdités : Antigone ne veut rien entendre, Créon ne veut pas écouter - une faute dès lors qu'il détient le pouvoir.

deux frères se sont combattus, l'un aux côtés de la cité, l'autre contre elle. Tous deux ont succombé. Le nouveau maître de Thèbes va tracer une ligne de partage entre le sort commun de ces deux morts. Étéocle le souverain sera enseveli ; Polynice le rebelle sera livré aux chiens et aux rapaces. Tel est le décret que Créon va promulguer, et auquel sa nièce Antigone, avant même qu'il l'ait proclamé, a déjà résolu de désobéir. Elle a terriblement raison. Les morts ont le droit d'être ensevelis ; les vivants ont le devoir de leur rendre les honneurs funèbres. Ce droit et ce devoir distinguent leurs domaines respectifs. En haut, celui de Zeus ; en bas, celui de son frère Hadès. Pour les mortels, cette frontière entre deux règnes divins est une loi immémoriale de l'ordre du monde.

Créon semble pourtant convaincu que l'on peut opérer un partage entre morts, au nom d'une autre loi : celle de la cité. Telle qu'il la conçoit, il s'agit d'une loi masculine. Lorsque le nouveau ...

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