Achille Mbembe : Ce que la démocratie refoule

Achille Mbembe : Ce que la démocratie refoule

Dans un essai où brille l'influence de Frantz Fanon, le penseur camerounais met à nu le principe de violence qui fonde les démocraties et qu'illustrent leurs politiques à l'égard de l'étranger.

La xénophobie, le racisme, le rêve absurde d'une « communauté sans étrangers » sont de retour. Achille Mbembe renverse le constat : non seulement ces forces n'ont jamais cessé, mais elles sont fondatrices de l'ordre européen - même démocratique. La démocratie moderne se divise en deux corps, l'un solaire (ses salons), l'autre nocturne (ses pratiques de terreur). La part maudite de notre histoire n'est donc pas seulement le « Nègre » (défini comme « corps d'énergie combustible ») mais toutes les formes de violence que les démocraties ont appris à éloigner de leur territoire au moment même d'assurer le « repeuplement » du monde.

En définitive, « ni la république à esclaves ni le régime colonial et impérial ne sont des corps étrangers à la démocratie ». Sur ces fondements, que faire ?

À bien des égards, les éclats spectaculaires, la rapidité de penser, mais aussi le moralisme refoulé d'Achille Mbembe font de lui un nouveau Cioran, coulant ses aphorismes fulgurants dans les apparences d'un traité académique.

Seule l'étude de l'oeuvre de Frantz Fanon permet d'apercevoir - un bref instant - une lueur d'espoir. Car il montre que « l'humanité est en permanence en création. Son fonds commun est la vulnérabilité, à commencer par celle du corps exposé à la souffrance et à la dégénération. Mais la vulnérabilité est aussi celle du sujet exposé à d'autres existences qui, éventuellement, menacent la sienne. Sans une reconnaissance réciproque de cette vulnérabilité, il n'y a guère de place pour la sollicitude, et encore moins pour le soin ».

POLITIQUES DE L'INIMITIÉ, Achille Mbembe, éd. La Découverte, 184 p., 10 E.

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