Ce baiser insensé entre le réel et l'imaginaire

Ce baiser insensé entre le réel et l'imaginaire

Mon travail est tout, sauf documentaire. Je hais ce savoir mort des fiches. Ci-gît le réel. Il n'y a plus qu'à enterrer... Il me faut au contraire l'humain, l'éblouissement comme la terreur, mais des racines qui plongent dans l'émotion. Les héros de roman ne sont pas des papillons épinglés. Ainsi, le personnage d'Adriana (1), dans Angle mort, a surgi le jour où Lisa Rinne, l'une des plus grandes trapézistes au monde, m'a expliqué qu'elle enfilait deux paires de collant pour ne pas se brûler. Cette fille caressait le ciel avec ses jambes... Je partais d'une image : la grâce alliée à la force. S'y ajoutait la fragilité. Cette vulnérabilité m'a touchée. Adriana était née.

Le soir où, à force de traquer le réel, j'ai découvert, près du Stade de France, des Haïtiens qui, dans la fumée du poulet boucané, jouaient aux dominos et au bésigue, j'ai su que je tenais ma scène de jalousie de Diego, le frère d'Adriana. La force du lieu m'y exhortait. Mais il falla ...

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Grand entretien

Éric Vuillard

Éric Vuillard
« La Guerre des pauvres est une guerre qui n'est pas terminée. »