Cap au pire

Cap au pire

Le tome V du géant norvégien va réjouir ses fans et renforcer le dégoût de ses détracteurs.

La série pharaonesque de Karl Ove Knausgaard s'appelle Mon combat, et c'est un titre qui ne ment pas. Phénomène éditorial hors norme (succès foudroyant en Norvège, renommée mondiale), l'oeuvre ne divise pas les critiques : elle les écartèle. Et l'auteur, géant buriné, semble taillé pour recevoir les coups. Certains (Jonathan Lethem, Rachel Cusk, Zadie Smith ou Jeffrey Eugenides, pour ne citer que ses confrères) louent la bravoure dont il fait montre en livrant sans filtre à peu près tout de sa jeunesse. D'autres (sa famille) crient au scandale, voire à l'imposture littéraire - dans une librairie de Malmö, un homme a mis le feu à la section « k » pour dénoncer « le pire auteur de tous les temps ».

Ce cinquième tome ne réconciliera personne. À Bergen, où s'il s'est installé pour ses études, Karl Ove boit, couche, essaie d'écrire des livres, dézingue ceux des autres et se vautre dans l'auto-apitoiement. Vers la fin, il vomit dans les toilettes de Björk, et c'est sans doute l'événement le plus inattendu de l'histoire.

Style plat ? Propos lénifiant ? On connaît la chanson, on cerne le malentendu ; d'aucuns, en leur temps, fustigeaient le Bret Easton Ellis d'American Psycho parce qu'il énumérait des marques. Là est précisément le projet ; hache en main, regard clair, l'écrivain norvégien travaille à la mise à mort d'une certaine littérature en tant qu'instrument normatif - une barrière entre l'art et la vie. On peut le haïr pour ça, mais on ne peut pas l'ignorer.

COMME IL PLEUT SUR LA VILLE (MON COMBAT, V), Karl Ove Knausgaard, traduit du norvégien par Marie-Pierre Fiquet, éd. Denoël, 836 p., 26,90 E.

Grand entretien

Claire Marin © HANNAH ASSOULINE/Ed. de l'Observatoire

Claire Marin
Auteure de Rupture(s) (éd. de l'Observatoire)

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