Brrrrr...

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Le climat sibérien n'entrave ni la corruption, ni la sauvagerie, ni l'hystérie. C'est même tout le contraire. Glaçant... et brûlant !

Un jour, dans la plus grande ville de Sibérie, toutes les lumières s'éteignent. L'électricité et le chauffage sont coupés, l'état d'urgence est déclaré. Les gens allument de grands feux dans les rues, et ceux qui le peuvent quittent la ville. C'est le début d'un hiver infini et barbare. Lorsque le metteur en scène Edward Filippov, quarantenaire alcoolique, auréolé de ses succès et scandales, revient après dix ans dans sa région natale pour y régler ses comptes, il est brusquement rendu à l'ordre terrifiant de cette patrie hostile. C'est l'automne et les températures, anormalement glaciales, sont descendues à - 40 °C. Au son des chansons déglinguées de Tom Waits, de cuites en engelures, l'enfant prodigue et hébété se retrouve embringué dans la quête d'un garçon en compagnie d'un chien errant, spectre d'un précédent animal qu'il a laissé mourir sur scène, avec le sosie d'Isabelle Adjani, sa fille Rita, un magnat de l'immobilier, un ami d'enfance devenu inspecteur de police, et avec le souvenir lancinant de Nina, sa jeune femme adorée et disparue.

Dans une ville en proie à la corruption, dans un chaos qui condamne la population à l'hystérie et à la sauvagerie, parmi les 4 x 4 UAZ et les gopniks (désignation péjorative des banlieusards), Filippov tente de sauver son âme, tandis qu'on ramasse les morts. Tel un diable boulgakovien, son double l'accompagne et se rit de lui : toutes ses valeurs, ses souvenirs ne sont qu'illusions. Pendant ce temps, le Froid, envahit tout. Voici un roman en trois actes où l'on grelotte de froid, de rire et d'angoisse. Très différent de son précédent roman, Dieux de la steppe, dans lequel l'auteur nous campait une société des frontières au temps de la guerre, Le Froid est plus moderne et grinçant. L'écrivain a opté pour un principe de réalité mouvante, dans une tragicomédie qui ressemble à un cauchemar éveillé. Un rêve atroce et poétique où chacun n'a plus qu'à espérer la rédemption.

 

À lire : Le froid, roman en trois actes avec entractes, Andreï Guelassimov, traduit du russe par Polina Petrouchina, éd. Actes Sud, 336 p., 22,50 E.

Nos livres

Ceux qui restent, Benoît Coquard, La Découverte, 280 p., 19 €.

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