Baudelaire : la poésie comme paresse active

Baudelaire : la poésie comme paresse active

Chez Baudelaire, « paresse » rime avec « ivresse » et « caresse » : c'est une drogue légère permettant d'atteindre la béatitude, mais qui demeure stérile. La poésie, au contraire, rend fertile l'indolence, en transformant notre vision du monde.

D'une façon vive et catégorique, Charles Baudelaire, dans Les Paradis artificiels, critique l'usage des drogues, tout en gardant une indulgence certaine pour le vin 1. Les drogues ont plusieurs défauts : à l'ivresse qu'elles provoquent succède une dépression profonde ; plus gravement encore, en en rendant l'usager dépendant, elles attaquent la volonté, qui est la qualité la plus précieuse de la personne. Accepter qu'en soit réduite la disponibilité, c'est devenir un « paresseux, interné comme un mollusque 2 » ; or, il ne s'agit pas de s'isoler, mais de s'éveiller à autrui. La paresse, enfin, est une négation insidieuse de la vie ; c'est une forme de mort douce quand, le besoin et le souci devenus négligeables, s'efface le « vouloir vivre ». Tels sont les motifs pour condamner la paresse, au même titre que les drogues. L'abandon au mouvement d'un temps sans durée est voluptueux, mais il n'apporte qu'un soulagement passager à la douleur d'être mortel. L'Ennemi se renforce de notre ina ...

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