Banni soit Dieu

Banni soit Dieu

L'athéisme n'est pas un gage absolu de liberté : l'Albanie a été le seul État officiellement athée - et l'une des plus folles dictatures de son temps. Une écrivaine se souvient de sa jeunesse à Tirana dans les années 1970.

dans l'Albanie athée des années 1970, je me retrouvais, à l'âge de 11 ans et sans aucune culture religieuse, à prier Dieu, les soirs, sous ma couette. Ma prière, avant de m'endormir dans ce pays sans églises ni mosquées, sans prêtres ni hodjas, consistait à demander à une entité inconnue, et que je craignais, tout le bien que j'espérais pour ma mère et ma cousine que j'aimais tant. Je n'en demandais pas davantage. La prière s'arrêtait là.

Le mot Dieu (Zot) était très présent dans la bouche de mon peuple. Mais ce mot au fil du temps avait perdu sa signification. Désormais il avait la légèreté d'une inoffensive coutume, comme un « bonjour » ou un « ça va ». On aurait dit que ce mot était un fossile de l'ancienne langue, conservé dans le nouvel âge que l'on était en train de vivre. Cependant, ce même mot prenait un tout autre poids devant les maladies et la mort. Il devenait alors sibyllin, impénétrable, effrayant, plein de menace. Face à l'impossible, le mot

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Grand entretien

Claire Marin © HANNAH ASSOULINE/Ed. de l'Observatoire

Claire Marin
Auteure de Rupture(s) (éd. de l'Observatoire)

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