Avec Blanchot - sans qu'aucun des deux meure

Avec Blanchot - sans qu'aucun des deux meure

Si Maurice Blanchot et Jacques Derrida s'admiraient mutuellement,si le désoeuvrement de l'un se nourrit de la déconstruction de l'autre,tous deux subirent une même épreuve, où s'entrecroisèrent la survie et l'écriture. L'un en fit un récit. L'autre pas.

C'est une lettre de douze lignes, sur le verso banal d'une feuille de classeur. On y lit cet aveu - qui rapproche deux hommes parce qu'il en écarte mille autres : « Vous savez, je serai à vos côtés toujours. Ceux qui voudraient m'éloigner de vous, ne nous connaissent pas 1. » Cette promesse d'amitié, si franche et dure, presque menaçante, c'est Maurice Blanchot qui la signe, et c'est Jacques Derrida qui la reçoit. « Vous savez » : Derrida ne dut en effet guère être surpris. Entre les deux hommes, il y eut presque quarante ans d'estime et d'admiration ; quarante ans de lectures et d'influences réciproques 2. Il faudra bien un jour publier l'intégralité de leur correspondance, fruit de deux esprits qui cherchaient pareillement à déplacer les frontières entre littérature et philosophie, dans le même refus du catégorique - dans le même désir, aporétique et pourtant jamais renié, d'une pensée qui tremble, acceptant ses tremblements.

Qu'ils ne furent pas de la même génération Blanc ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard