Anaïs Nin et Henry Miller

Anaïs Nin et Henry Miller

Paris, 1931. Anaïs Nin dans son Journal : « J'ai rencontré Henry Miller. Dès qu'il est sorti de la voiture, j'ai vu un homme que j'aimais. Dans ses écrits, il est flamboyant, viril, animal, magnifique. Voilà un homme que la vie rend ivre, ai-je pensé. Il est comme moi. » Quelques mois après, Henry Miller : « Finissons-en avec la raison. Avec moi tu es devenue femme. J'en fus presque terrifié. »

L'histoire de leur liaison est connue sous le signe d'une célèbre correspondance. La dimension mystique et affolante de la fougue dont témoignent leurs échanges les place parmi les plus célèbres amants écrivains. On y retrouve la révélation érotique de leurs étreintes, les déchirements et les triangulations à l'égard des conjoints respectifs. Mais les lettres font aussi état de leur inépuisable complicité intellectuelle. Rêvant d'encourager le génie de Henry Miller, Anaïs Nin finance la publication de Tropique du Cancer en 1934. Envoûtée, elle écrit dans son Journal qu'elle aime l'attendre, lui faire la cuisine, le recevoir en elle, le voir partir. « Henry a le pouvoir de baiser, de dériver, de blasphémer, d'élargir le monde, de communiquer la vie, de détruire et de faire souffrir. C'est le démon que j'admire en lui. » Le style lucide et halluciné de son écriture intime prend une dimension sensuelle : sa langue suit les clairs-obscurs du désir insatiable.

De cette passion, on connaît peu le conflit autour du texte que Henry Miller publie à compte d'auteur en 1937, à propos duquel Anaïs Nin écrit : c'est « le plus beau cas de vol intellectuel que j'aie jamais vu. Et je ne dis rien. Dès le début, je n'ai rien dit ». Alors qu'il travaille sur Tropique du Capricorne, Henry Miller fait paraître chez The Obelisk Press un livret intitulé Scenario, « (un film avec son) directement inspiré d'une fiction intitulée La Maison de l'inceste écrite par Anaïs Nin ». Il la prie de signer de son nom, comme un don qu'il lui ferait. Dans son Journal, elle écrit : « Je déteste Scenario mais je n'ai jamais eu le courage de le dire à Henry. » Elle revient sur le malaise de voir les idées de sa première fiction dénaturées par son amant. La Maison de l'inceste est sa volonté de quitter la saison en enfer d'une femme, une série d'évocations poétiques et oniriques que Henry Miller retravaille pour en faire un scénario sur le modèle des surréalistes après le succès des premiers films de Buñuel et de Man Ray, à la fin des années 1920. Scénario est repris dans le recueil de Henry Miller Max et les Phagocytes en 1938. « Son dernier acte d'égoïsme », écrit encore Anaïs Nin, au sujet de ce texte

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard