Ainsi parlait Guyotat

Ainsi parlait Guyotat

Un recueil de textes et d'entretiens donnés entre 1984 et 2019 par l'écrivain qui suscita nombre de scandales.

Pierre Guyotat n'est jamais là où on l'attend. Non par posture de « grand écrivain », mais bien en raison d'une impossibilité quasi organique de penser par lieux communs. Cette infirmité, ou cette grâce, comme on voudra, est sensible pour tous ceux qui se sont frottés à son oeuvre, mariant le sexe et la merde, l'extase et l'ordure, l'obscénité et la sainteté.

Avec Divers, volume consistant qui recueille, outre quelques inédits, un ensemble des interventions et entretiens qu'il a donnés de 1984 à 2019, on trouvera confirmation de cette sensation première, car Guyotat s'y affirme en moine-soldat de la littérature : « Écrire pour moi a indubitablement quelque chose de métaphysique. Quand je m'assieds pour écrire, j'ai l'impression d'une mission à remplir. Et cela m'isole d'un monde littéraire que je déteste et que je crains, un monde inutilement cruel. Je ne puis confondre cette mission d'écrire avec ce qui est pour l'essentiel une entreprise carriériste ou commerciale chez la plupart des autres (1). »

Et que dit-il de la censure alors que la vieille hydre pointe de nouveau ses groins, lui qui a vu son Éden, Éden, Éden en 1970 interdit à l'affichage, à la publicité et aux mineurs, après qu'il a été, en pleine guerre d'Algérie, arrêté pour « atteinte au moral de l'armée, complicité de désertion et possession de journaux interdits » ? « J'ai entendu [...] une sociologue de l'art [...] tenir un discours qui fait froid dans le dos. [...] Elle y déclarait, le plus doucereusement du monde, qu'un artiste pouvait faire tout ce qu'il voulait au fond de son atelier, et pour un écrivain au fond de son bureau, mais, dès l'instant que sa production devenait publique, il se devait de garder en lui, laisser à la porte en quelque sorte, ce qu'il avait de plus provocant. [...] Distinguer l'"intérieur" de l'"extérieur", c'est, tôt ou tard, mettre l'oeil sur l'intérieur, le surveiller, le mater, le soumettre ; le détruire dans sa force implosive, explosive. »

 

À lire : Divers, Pierre Guyotat, éd. Les Belles lettres, 496 p., 27 E.

(1) « Fiction, Poetry Images and Private Tragedy », Paris Exile s n° 2, traduit de l'anglais par John Jackson (1985), p. 53-63 du présent volume.

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À lire :Divers, Pierre Guyotat, éd. Les Belles lettres, 496 p., 27 E.