Turquie : la colère et les craintes des éditeurs

Turquie : la colère et les craintes des éditeurs

Après le coup d’État manqué du 15 juillet dernier, le gouvernement Erdogan a prononcé par décret, le 27 juillet dernier, la fermeture de vingt-neuf maisons d’édition turques. Les éditeurs et la communauté internationale réagissent.

Médias, journalistes, avocats… C’est au tour des éditeurs et des écrivains de s’indigner du durcissement constaté ces derniers jours en matière de liberté d’expression en Turquie.   

Alors que le coup d’Etat avorté a renforcé le pouvoir central, le pays fait face à une vague sans précédent de mesures inquiétantes.  

Prononcé par décret et publié au Journal officiel le 27 juillet dernier, la décision du gouvernement de fermer vingt neuf maisons d’éditions sonne comme une nouvelle atteinte grave aux libertés publiques. 

Le 17 août, le PEN International regroupant des éditeurs internationaux réagissait à l’annonce : « Bien que nous reconnaissons le droit des autorités turques à mener des enquêtes et intenter des actions envers les responsables du putsch, le cercle du Pen International appelle ces mêmes autorités à ne pas se servir de l’état d’urgence pour museler la liberté d’expression et les enjoint à laisser les auteurs comme les éditeur, libres de continuer et d’exercer leur activité ». Dix grands noms de l’édition se sont regroupés dans une pétition que publie le PEN international sur son site parmi lesquels Arnaud Nourry (Hachette) et Iris Tupholme (HarperCollins Canada). Un soutien affirmé aussi du côté de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, qui a publié hier sur son site, la lettre de soutien partagée par l’International Publishers Association (IPA), le 29 juillet. 

Ces vingt neuf fermetures interviennent après  la fermeture déjà actée de seize chaines de télévision, vingt-trois stations de radio et quarante-cinq journaux.

Une dérive autoritaire qui transparait depuis la mi-juillet avec cent vingt mandats prononcés à l’encontre d’entreprises occidentales à Istanbul et l’arrestation de cent trente six avocats, procureurs et autres personnels de la Justice.

La démission de Can Dündar, rédacteur en chef du Cumhuriyet – principal quotidien d’opposition du pays – s’en est suivie de beaucoup d’autres alors que plusieurs journalistes ont été fait l’objet de pressions émanant du pouvoir.

Une situation que connaît la Turquie depuis plusieurs mois maintenant, et cela avant même que le coup d’Etat du 15 juillet dernier ne donne au pouvoir les motifs d’une purge de circonstance. En avril dernier, la journaliste néerlandaise d’origine turque, Ebru Umar, avait été arrêtée suite à des tweets qui dénigraient le président Recep Tayyip Erdogan. La jeune femme avait fini par être libérée tout en faisant l’objet d’une interdiction de sortie du territoire. 

Arthur Montagnon

 

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