Lumière sur la mort du poète Federico Garcia Lorca?

Lumière sur la mort du poète Federico Garcia Lorca?

Jeudi 18 août, l’Association espagnole pour la récupération de la mémoire historique (ARMH) a annoncé la réouverture de l’enquête sur la mort du poète Federico Garcia Lorca, 80 ans après sa disparition.  

Il y a des vieux mystères qui persistent. Celui de la mort du poète espagnol Federico Garcia Lorca en est un qui court toujours depuis la mort de Franco.  
Officiellement disparu dans la nuit du 18 au 19 août 1936, aux premiers jours de la guerre civile, le poète aurait été arrêté et exécuté non loin de Grenade, à Viznar, au lieu-dit Ainadamar : La Fontaine aux larmes en français.  
« Passé par les armes » et « enterré sur place », sa dépouille aurait ensuite été jetée dans une fosse commune.
Dans une Espagne où la période franquiste est encore un sujet sensible, Emilio Silva, président le l’ARMH, a déploré une situation qui bâillonne l’histoire du pays tout en maintenant l’ombre sur les disparitions de nombreuses figures intellectuelles et artistiques durant la guerre civile : « On vit dans une culture d’impunité, les crimes et violations des droits de l’homme durant la dictature n’ont jamais été jugés ».  
La lumière sur la mort du poète a déjà fait l’objet de nombreuses tentatives, comme récemment en avril dernier, où une équipe d’archéologues avait tenté de retrouver les restes du poète, qu’ils pensaient alors avoir localisé sur un terrain aujourd’hui abandonné, servant de terrain de jeux aux amateurs de moto-cross.  
Depuis, l’affaire était sans suite, laissée en jachère comme souvent lorsqu’il est question des crimes franquistes. La justice espagnole, à laquelle un certain nombre d’acteurs civils au sein de la population reproche une mauvaise volonté quand il s’agit d’enquêter sur les exactions que connut le pays, n’a toujours pas rouvert l’épineux dossier. Alors que la loi d’amnistie de 1977 est toujours appliquée en Espagne, les réticences face à un passé douloureux se conjuguent à une véritable impasse juridique dans laquelle les juges espagnols sont confrontés dès lors qu’il s’agit de traiter des crimes franquistes.   
Pourtant, et comme le mentionne Emilio Silva, « Garcia Lorca n’est pas mort à la guerre, il n’y a jamais eu la guerre à Grenade. C’est un groupe de paramilitaires fascistes qui l’a tué, parce que ce groupe était chargé d’éliminer tous ceux qui dérangeaient la dictature ».
Cela signifiant que le poète n’aurait pas été tué au cours des combats mais plutôt assassiné par une organisation politique – une différence qui fait du poète une victime de guerre et non pas un engagé volontaire ayant pris part aux affrontements.
Pour cela, l’association espagnole pour la récupération de la mémoire historique a décidé de saisir la juge argentine Maria Servini, figure de proue de la lutte contre les crimes de guerre imputés à l’Etat franquiste.
Au nom du « principe de justice universelle », cette dernière entend bien rouvrir l’enquête et a déjà formulé au gouvernement espagnol de lui fournir « toute information en lien avec ce dossier qui puisse exister dans les archives ».
Les recherches visant à recueillir les restes du poète devraient débuter en septembre prochain. D’ici là, le mystère règne encore.

Arthur Montagnon
 

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