Œdipe, toujours roi

Œdipe, toujours roi

Dossier. Des arbres bercés par le vent, un ciel plus beau que la vie, puis, soudain, la douceur sauvage d'une étendue d'herbe qui mange tout l'écran. Nous sommes dans la dernière scène de l'ŒŒdipe roi de Pier Paolo Pasolini - film inscrit au programme du bac L, aux côtés de la pièce de Sophocle. Guidé par Ninetto, ŒŒdipe (auquel Franco Citti prête ses traits) a erré, aveugle, de monde en monde, à la recherche d'un lieu où fixer son existence. Un jour il comprend qu'il est de retour sur la terre où pour la première fois il a vu le visage de celle dont il fut la prunelle des yeux : sa mère. « Ma vie, dit-il, s'achève là où elle a commencé. »

Il est, dans l'enfance, des visages qui nous gratifient d'un amour si brûlant, d'une indifférence si glaciale ou d'une haine si inexpugnable que nous aurons beau leur tourner le dos et arpenter toutes sortes de peaux, de corps et de routes, nous finirons toujours, au soir de notre vie, par revenir nous coucher, silencieusement, en chien de fusil, à l'ombre de leur regard.

Qu'une figure du temps disparaisse, et le grand livre des visages qu'est Facebook se fait Nécropolis. À la mort de Franco Citti, en janvier, nombreux furent ceux qui mirent, pour photo de profil, à la place de celle de David Bowie, disparu quelques jours plus tôt, un gros plan de Citti dans ŒŒdipe roi. Sur Facebook, Alexandre Breton, auteur d'un documentaire sur David Bowie (1), écrivit : « Se surprendre à des calculs mesquins : qui reste-t-il, qui achèvera de rétrécir le périmètre du monde ? Se souvenir de l'illimité auquel contribuaient, lorsque nous étions plus jeunes, encore à l ...

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