« Il est grand temps de rallumer les étoiles »

« Il est grand temps de rallumer les étoiles »

On ne peut plus attendre, il faut se mouiller ! » On peut rendre ce mérite à Daniel Cohn-Bendit de nous avoir sortis de la déprime qui accompagnait le renoncement de Nicolas Hulot à poursuivre ses fonctions de ministre de la Transition écologique et solidaire. L'émotion face à un échec personnel, qui était aussi le nôtre, tournait au culte de la démission asthénique et de l'immobilisme aigre jusqu'au soir du Grand Soir. Les professionnels de la profession révolutionnaire nous promettaient une nouvelle fois le paradis - vert cette fois - pour les lendemains du renversement du système capitaliste. Sans voir même l'once d'une contradiction entre la proclamation d'un état d'urgence pour la nature et l'injonction à l'immobilisme puisqu'il n'y aurait rien à faire. Rien, sauf se bouger !

Car il y avait cela de positif dans « le testament » de Nicolas Hulot : l'appel à une mobilisation générale qui lui avait tant fait défaut. À commencer par celle des écologistes, premiers responsables de l'impuissance de l'animateur triste qu'ils ont fait battre autrefois. Alors même que leurs thèses se révélaient justes pour beaucoup, leur sectarisme les a conduits à un isolement dramatique. Des Verts solitaires quand leurs thèses devenaient majoritaires. Un tel gâchis ne peut inciter à un repli supplémentaire.

Le temps est venu de se « mouiller » donc, de marcher ainsi que l'ont fait spontanément des dizaines de milliers de personnes dans toute la France. Des premiers pas, et chaque avancée compte. Car il n'est plus question d'aller « comme s'en vont les écrevisses, à reculons, à reculons ». Ces mots sont ceux de Guillaume Apollinaire, à qui nous consacrons un dossier enchanté car il n'est pas de politique concrète sans poétique. Ce donneur de songes peut nous servir de guide. D'éclaireur.

Il ne s'agit pas seulement de se bouger, ou même de prendre tout ce qu'il y a de bon à prendre dans ce gouvernement ou dans le suivant. Toutes les réformes de progrès que l'on pourra arracher seront les bienvenues. Car c'est reculer que d'être stationnaire. Mais « il est grand temps de rallumer les étoiles », ainsi que l'écrit encore Apollinaire. Autrement dit, il ne suffit pas de se « mouiller » les doigts de pied au bord du Rubicon. Car nous n'avons plus un poil de sec. L'échec auquel nous devons faire face est celui de l'écologie, mais aussi celui du système capitaliste qui se révèle incapable de maîtriser sa financiarisation et ses « dingues du pognon ».

Ces excès devenus la norme engendrent inégalités et populisme. Ils annoncent - nos contributeurs ne sont pas tous de dangereux anticapitalistes - une crise qu'il faut anticiper d'urgence. Sans prophétiser l'apocalypse. C'est un des risques, car la peur qui prend les pays au ventre mange aussi les cervelles. Notre imaginaire est toujours plus envahi par le spectre de la fin du monde qui nous pousse au repli, alors qu'il faudrait balayer les miasmes de l'angoisse pour retrouver le sens du possible et de l'inventivité. C'est le chacun pour soi qui s'impose, alors qu'il faudrait penser le collectif, le sauvetage de l'écologie et de l'économie. La bataille, en toile de fond, est celle de l'esprit contre l'irrationnel. Les réformistes du quotidien ne sauraient oublier ce que l'essayiste Daniel Cohen appelle joliment « la critique artistique qui permet à chacun de conserver une conscience rebelle de ses besoins véritables ». Voilà qui nous convient.

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