Jonathan Franzen, collapsologue ?

Jonathan Franzen, collapsologue ?

Dans un billet publié par le New Yorker, l'écrivain Jonathan Franzen sonde sa propre mélancolie face au constat de l'inaction collective contre le réchauffement climatique. Et sans tomber dans un pessimisme foudroyant, trouve un petit espoir à l'engagement de chacun.

Par Eugénie Bourlet.

« Continuez de faire ce qui est juste pour la planète en général, oui, mais essayez aussi de sauver ce que vous aimez plus spécifiquement – une communauté, une institution, un endroit sauvage, une espèce en danger – et encouragez-vous de ces petits succès ». On ne lit pas cela dans un traité récent de collapsologie, mais dans le dernier texte livré par Jonathan Franzen au New Yorker, publié ce 8 septembre 2019. Dans Purity, son dernier roman paru en 2015, le grand écrivain américain s’occupait moins d’environnement que des risques entraînés par la dictature de la transparence. The End of the End of the Earth, essai publié en version originale fin 2018 et encore non-traduit en français, revenait plus directement sur ses préoccupations écologiques, tout comme certains personnages de fictions antérieures, Corrections (2001) et Freedom (2010), dans lesquelles il distillait son goût pour les oiseaux et leur survie. 

Dans « Et si nous arrêtions de faire semblant ? » (« What If We Stopped Pretending ? »), Jonathan Franzen élude ce sentiment contradictoire que chacun de nous peut éprouver : penser la catastrophe écologique comme une fin du monde de plus en plus certaine, constater en actes que rien ne change – ou pas assez, au niveau macroscopique. Désespérer de sa propre impuissance face à l’aveuglement collectif. Pourtant, il faut éviter l’écueil du fatalisme mais aussi et surtout celui de l’optimisme irréaliste et inconséquent, car « psychologiquement, ce déni a du sens. En dépit de l’évidence monstrueuse selon laquelle je serai bientôt mort, je vis dans le présent, et non dans le futur. Entre le choix de l’abstraction alarmante (la mort) et l’évidence rassurante de mes sens (le petit déjeuner !), mon esprit préfère se concentrer sur le dernier. La planète, de plus, est toujours merveilleusement intacte, toujours basiquement normale – changements de saisons, élections prochaines, nouvelles comédies sur Netflix – et sa destruction imminente est encore plus difficile à accepter pour mon esprit que ma propre mort ». Si l’impuissance collective a quelque chose de frustrant, il est temps néanmoins que l’individu cesse d’être roi, nous dit-il en somme. Sondant ses propres inquiétudes suscitées par les certitudes scientifiques indubitables, et contre les climatosceptiques républicains qu’il combat ardemment, l'auteur prône des solutions locales et personnelles : en somme, accepter la catastrophe en commençant par la combattre à sa petite échelle. Ainsi, il parvient à renverser l’affirmation sombre de Kafka, « il y a de l’espoir, beaucoup d’espoir, mais pas pour nous » en son contraire : « Il n’y a pas d’espoir, sauf pour nous-mêmes ».

 

Photo : Jonathan Franzen © Hector Guerrero/AFP.

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© Louison pour le NML

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Illustration : Le journal des Débats, 27 mars 1899 - source : RetroNews-BnF