À pleines dents

À pleines dents

Une exposition et une rétrospective fêtent les noces noires du septième art et du vampirisme.

En consacrant aux vampires une exposition et une rétrospective, la Cinémathèque se transforme pour quelques semaines en château des Carpates. Mais ne l'est-elle pas de toute éternité ? Il y a comme une solidarité fondamentale entre le vampirisme et le cinéma : tous deux nécessitent une obscurité parfaite. Dracula lui-même aura attendu l'invention du cinéma pour s'extirper de sa crypte : le roman de Bram Stoker paraît en 1897, deux ans après la première séance du cinématographe. Si Stoker n'invente pas le mythe du vampire (avéré dans des traditions anciennes), s'il n'est pas le premier écrivain à s'y consacrer (John Polidori et Sheridan Le Fanu l'ont précédé), il en cristallise la forme moderne, qui est d'emblée cinématographique. Son roman privilégie en effet l'opération de montage, en se présentant comme un écheveau de lettres, d'extraits de journaux intimes et de divers documents. Manière, peut-être, pour l'écrivain, de marquer combien son Dracula était un être composite, nourri à de multiples sources, mais aussi une créature télépathe, susceptible de brutalement connecter plusieurs espaces-temps : le plus souvent absent, très allusivement décrit, comme rôdant dans les interstices du texte, Dracula est capable d'agir, de posséder ou de susciter des visions à distance. C'est entre autres un projecteur de cinéma - ou une télévision. L'exposition de la Cinémathèque regroupe diverses reliques cinématographiques, mais ne s'y cantonne pas - rendant ainsi grâce aux puissances métamorphiques du vampire, qui a traversé toutes les disciplines. Elle esquisse aussi une archéologie de cette figure, et invoque ses multiples déclinaisons dans l'art et la pop culture (caricatures politiques, films érotiques, publicités, cartoons)...

À VOIR

« Vampires.De Draculaà Buffy », Cinémathèque française, Paris 12e. Jusqu'au 19 janvier

Nos livres

À lire : La tempête qui vient, James Ellroy, éd. Rivages/Noir

Supplément web

Chaque numéro du Nouveau Magazine littéraire est complété d'articles en accès libre à lire sur ce site internet. 

NOVEMBRE :

 Dominique Bourg contre le « fondamentalisme de marché » : complément de l'article « Réchauffement politique »

► Version longue de l'entretien avec Yann Algan : le co-auteur de l'essai Les Origines du populisme analyse la montée de la défiance envers les institutions dans notre dossier « Cas de confiance »

► Paradoxale promesse : critique du dernier essai de Vincent Peillon

OCTOBRE :

 Microclimat judiciaire : entretien avec Judtih Rochfeld

► De Big Brother à Big Other : inédit du dossier Orwell-Huxley

► « Le génie français, c’est la liberté ! » : version longue de l'entretien avec Laurent Joffrin

Les écrivains journalistes avec RetroNews

Pour accompagner notre dossier sur la littérature érotique, nous vous proposons de plonger, en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bnf, dans la vie de Rachilde, la reine des décadents.

Illustration : Le journal des Débats, 27 mars 1899 - source : RetroNews-BnF