« Le Robert se veut un observatoire »

« Le Robert se veut un observatoire »

Les critères de sélection des dictionnaires face aux nouveaux mots qu'ils intègrent ne sont pas figés dans le marbre. Entretien avec la directrice éditoriale du Robert, Marie-Hélène Drivaud, et le lexicographe Édouard Trouillez.

Quels sont les critères d'entrée dans le dictionnaire, notamment pour les mots francophones, d'argot urbain ?

Marie-Hélène Drivaud et Édouard Trouillez. - Les principaux critères sont la fréquence et la répartition. Il ne doit pas s'agir d'un tic de langage propre à un individu, à un journaliste, mais d'un emploi partagé par plusieurs personnes. La valeur pédagogique joue également, pour une découverte scientifique par exemple, même si elle n'est pas très médiatisée. Pour les mots des jeunes, il faut qu'ils soient connus en dehors d'un cercle restreint. On ne va pas aller faire une enquête dans les cours de récréation pour connaître le parler d'un groupe de collégiens. Par exemple, « ripou » ou « keuf » ont été diffusés auprès du grand public grâce à des titres de films et ont contribué à faire connaître le verlan (qui n'était pourtant pas un phénomène linguistique nouveau).

Y a-t-il une accélération de la « vitesse d'entrée » des mots dans le dictionnaire ?

Probablement, dans la mesure où les réseaux sociaux amplifient les phénomènes et rencontrent une large audience. Pour « selfie », par exemple, le mot comme la chose se sont répandus très rapidement. Le mot « vapoter », choisi par les internautes parmi plusieurs propositions, a été très vite adopté et a produit aussitôt des dérivés.

Quels sont vos mots préférés entrés récemment ?

Question qu'on nous pose régulièrement et à laquelle nous ne savons que répondre ! On les aime bien tous. Chacun a son histoire, nous laisse des souvenirs particuliers des recherches que nous effectuons pour trouver sa date d'apparition, son origine, sa prononciation, etc. Un mot très courant peut nous donner beaucoup de fil à retordre. S'il faut en citer un, on aime bien s'« enjailler » pour son sens sympathique et son histoire mouvementée, l'anglais enjoy, d'origine française (joie), passé en argot de Côte d'Ivoire avant de nous parvenir. Le Robert se veut un observatoire et non un conservatoire de la langue française, ainsi que le dit Alain Rey. On prend toujours autant de plaisir à traquer la nouveauté.

Photo : Alain Rey, Marie-Hélène Drivaud (directrice éditoriale du Robert) et Edouard Trouillez (lexicographe) © Jean–François Gate

Nos livres

À lire : La tempête qui vient, James Ellroy, éd. Rivages/Noir

Supplément web

Chaque numéro du Nouveau Magazine littéraire est complété d'articles en accès libre à lire sur ce site internet. 

NOVEMBRE :

 Dominique Bourg contre le « fondamentalisme de marché » : complément de l'article « Réchauffement politique »

► Version longue de l'entretien avec Yann Algan : le co-auteur de l'essai Les Origines du populisme analyse la montée de la défiance envers les institutions dans notre dossier « Cas de confiance »

► Paradoxale promesse : critique du dernier essai de Vincent Peillon

OCTOBRE :

 Microclimat judiciaire : entretien avec Judtih Rochfeld

► De Big Brother à Big Other : inédit du dossier Orwell-Huxley

► « Le génie français, c’est la liberté ! » : version longue de l'entretien avec Laurent Joffrin

Les écrivains journalistes avec RetroNews

Pour accompagner notre dossier sur la littérature érotique, nous vous proposons de plonger, en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bnf, dans la vie de Rachilde, la reine des décadents.

Illustration : Le journal des Débats, 27 mars 1899 - source : RetroNews-BnF