« Le poète juif combat l'obsession du définitif »

« Le poète juif combat l'obsession du définitif »

Claude Vigée est un témoin majeur de ce siècle. Poète, essayiste, conteur, diariste, traducteur, ce natif d'Alsace, qui a perdu une grande partie de sa famille pendant la Seconde Guerre mondiale, a bâti une œuvre où s'entremêlent réflexion sur l'acte créateur et évocation du destin juif. Après avoir enseigné pendant quarante ans la littérature comparée, aux États-Unis puis en Israël, il est retourné vivre à Paris où nous l'avons rencontré. À 87 ans, Vigée ne cesse de s'interroger sur le mystère de l'écriture. Il décrypte pour Le Magazine littéraire l'affinité qui unit les livres au Livre et explique comment la redécouverte de son appartenance juive est devenue le fil rouge de sa trajectoire poétique.

Vous avez bâti une œuvre poétique qui mêle une réflexion sur l'acte créateur avec une évocation du destin juif. Judaïsme et littérature sont-ils indissolublement liés ?

Claude Vigée. Je ne dirais certes pas que j'ai commencé à vivre le jour où je me suis mis à écrire, mais enfin... L'acte de vivre est devenu pour moi signifiant et rayonnant lors de ma première expérience de l'écriture. C'est à l'âge de 14 ou 15 ans que j'ai commencé à faire de la poésie (1). Le mystère de l'écriture, c'est que, grâce aux figurations verbales, la vie intérieure et pulsionnelle gagne un accès vers le dehors.

Comment s'est déroulée pour vous cette « sortie de soi » ?

En 1939, j'ai 18 ans, je suis à Strasbourg, je viens de terminer mon année de philo - autrement dit ma classe de terminale - au lycée Fustel de Coulanges. Mon professeur, M. Levêque, fortement imprégné par l'enseignement de Bergson, nous a demandé de lire Les Donné ...

Pour lire l’intégralité de cet article
EN REGARDANT LA PUBLICITÉ D'UNE MARQUE

Nos livres

À lire : Révolution aux confins, Annette Hug, traduit de l'allemand Suisse par Camille Luscher, éd. Zoé