« JE, QUI ÇA ? »

« JE, QUI ÇA ? »

Chez Beckett, celui qui parle est pris entre l'impossibilité de bien dire et celle de se taire. Il avance à tâtons, dans l'incertitude de soi.

Avec Beckett, les repères habituels de la fiction sont brouillés, ni espace ni temps, ni début ni fin, ni intrigue ni fil conducteur. Mais la révolution essentielle est celle des personnages, les espèces d'identités aléatoires qui en tiennent lieu (« Je, qui ça ? »). Le narrateur n'a plus rien d'omniscient, il est dans le bain jusqu'au cou, témoin parmi d'autres dans le chaos du monde qu'il perçoit tant bien que mal, tant mal que pis, et ce narrateur témoin assume la perception confuse inhérente à l'entendement défectueux de l'espèce. Pris entre l'impossibilité de dire (« Rien n'est dicible ») et l'impossibilité de se taire. Chez Beckett, le discours tient le personnage et non l'inverse. Et ce dernier s'efforce de restituer faits, gestes et considérations contiguës à travers le brouillard de son jugement sans tenter de lui donner des dehors traditionnels de clarté, de rationalisme (« Clair pour moi que l'obscurité que je m'étais toujours acharné à refouler est en réalité mon meilleu ...

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Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

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